Synthèse de la situation des collèges, lycées et cités scolaires de Lyon 5ème
Préambule
Dans un établissement scolaire (collège ou lycée), le Rectorat gère l'ouverture des classes et s'occupe de la nomination du personnel. D'autre part, le Conseil Général a en charge les bâtiments et le financement de certaines actions pédagogiques pour les collèges et, symétriquement, la Région a le même rôle pour les lycées. Pour la fermeture d'un lycée, il faut qu'un accord se dégage entre la volonté pédagogique de l'Académie et un vote du Conseil Régional pour que le préfet puisse acter cette fermeture.
Lyon 5ème compte aujourd'hui deux cités scolaires (collège et lycée) de l'enseignement public à proximité du théâtre antique de Fourvière : Jean-Moulin (600 collégiens et 500 lycéens) et Saint-Just (400 collégiens et 1200 lycéens). D'autre part 6 cités scolaires privées existent sur ce même secteur du 5ème arrondissement de Lyon.
Les faits
→ Le conseil général du Rhône a voté en 2002 la fermeture du collège Saint-Just, tout en souhaitant maintenir la cité scolaire Jean-Moulin. Une des justifications était le manque de place pour les lycéens sur le site de Saint-Just.
→ En 2006, l'ouverture du collège de Francheville est décidée pour septembre 2011 et la fermeture du collège Saint Just réaffirmée.
→ En 2008, par hasard, un élu Parent d’Elèves apprend au Conseil Départemental de l’Éducation Nationale (CDEN) que la fermeture du collège Saint-Just entraînera la fermeture du Lycée Jean-Moulin. Parents d’élèves, lycéens et enseignants se réunissent alors en Collectif pour le maintien de la Cité scolaire Jean Moulin et multiplient les demandes d’information et de rencontre. Pendant trois ans, les élus du Conseil général, du Conseil Régional, les responsables des collectivités territoriales et du Rectorat sont sollicités et certains d’entre eux acceptent de rencontrer des délégations du Collectif, mais sans qu'apparaissent clairement les raisons qui justifient la fermeture du Lycée Jean-Moulin. De nombreux élus locaux, conscients des conséquences néfastes du projet, apportent alors leur soutien au collectif.
→ En juillet 2010, Mme Gillet de Thorey, vice présidente de la région Rhône-Alpes déléguée aux lycées, reçoit une délégation du Collectif et s’engage à ne pas prendre de décision avant d’avoir étudié la sectorisation des collégiens du 5ème arrondissement de Lyon (c’est-à -dire l’origine géographique des élèves de chaque collège)
→ En novembre 2010, Mme Gillet de Thorey et Mme Chuzeville, vice présidente en charge des collèges au Conseil Général, envoient un courrier au Recteur pour lui signaler qu'elles sont d'accord sur le décroisement des deux cités scolaires Jean-Moulin et Saint-Just, à condition que soient garantis les moyens en personnel ainsi que le maintien des options existantes. Ce courrier était un prolongement du courrier envoyé par le président Queyranne en 2008 et en accord avec son interview dans le journal Le Progrès du 13 janvier 2011. Dans ce même mois de novembre 2010, le CDEN ne prend pas position sur la fermeture ou pas du lycée Jean-Moulin et présente les deux hypothèses pour la sectorisation des collèges avec ou sans fermeture du lycée Jean Moulin.
→ En janvier 2011, le Rectorat organise la rentrée de septembre 2011 sur les bases suivantes : 0 élève au collège St Just, 930 élèves au collège Jean Moulin, 0 élève au lycée Jean Moulin et 1750 élèves au lycée de St Just, 293 élèves au collège Jean Charcot au lieu de 432 à la rentrée 2010, 384 élèves au collège Les Battières au lieu de 470. Aucun budget de travaux n'est prévu par les collectivités territoriales.
→ Le 8 février 2011, le Collectif, qui n’a toujours pas reçu d’explication rationnelle à la fermeture du Lycée Jean-Moulin et qui constate les effets négatifs des décisions du Rectorat sur l’offre de formation dans le 5ème arrondissement de Lyon, occupe les locaux de la Cité scolaire Jean-Moulin. Les 300 personnes présentes obtiennent la promesse de tenue d’une table ronde avec tous les partenaires afin d'examiner la situation des collèges et lycées du secteur.
→ Le 23 février 2011 une réunion extraordinaire des élus du Conseil d’Administration du lycée Jean Moulin en présence des représentants des collectivités territoriales, du Rectorat se tient au Lycée. Les élus parents, enseignants et élèves communiquent les différentes motions des CA des établissements d’enseignement du 5ème arrondissement refusant les décisions prises par le Rectorat pour la rentrée scolaire de septembre 2011. Ils communiquent aussi leurs propositions alternatives pour l’organisation de cette rentrée (moratoire, plan de sectorisation des collèges et lycées du 5ème). Ils tentent de faire comprendre les dangers pour l’enseignement public de la décision unilatérale du Rectorat.
Analyse de la situation
Baisse de la qualité de l'enseignement :
Le rectorat ne se préoccupe absolument pas de pédagogie car ce qui était possible dans une petite structure (suivi et accompagnement individualisé des élèves en échec, projet d'accompagnement personnalisé pour les classes de seconde, organisation de l'orientation concertée des élèves de première sous la forme d'entretiens individuels pour tous les élèves et leurs familles...) ne sera pas envisageable dans un grand établissement.
Même si ce n'est pas avoué, l'objectif à court terme poursuivi par le Rectorat est de faire des économies sur les postes de personnel enseignant et non enseignant. Les Dotations Horaires Globales remises en janvier aux Conseils d’Administration des établissements prévoient des suppressions de postes - qui seront parfois peu « visibles » du fait des départs en retraite des personnels. Supprimer des collèges et favoriser l'enseignement privé semblent être les objectifs à moyen terme. Cela correspond à de fausses économies d’échelle, car la diminution du taux d’encadrement des élèves par les adultes, en contradiction avec les priorités officielles de suivi et d’individualisation du parcours des élèves, va porter atteinte à la qualité de l’enseignement. Mauvaise répartition des effectifs :
Le projet du rectorat va déboucher sur une mauvaise utilisation des locaux : l’un sera encore plus en sureffectifs, Saint-Just, et d’autre passeront en sous-effectif, Jean Moulin (900 pour une utilisation optimale reconnue de 1200 ou 1250), Jean Charcot (300 pour une capacité de 550), Les Battières (400 au lieu de 600). N’importe quel bon gestionnaire sait qu’une telle situation est génératrice durablement de surcoûts. Bien que le site soit sous-utilisé, le collège de Jean Moulin atteindra un effectif excessif, alors même qu’il perd le cadre de la cité scolaire qui contribue à sa réussite. Le Conseil Général du Rhône préconise lui-même « des collèges à taille humaine : idéalement, les effectifs d’un collège doivent osciller entre 400 et 800 élèves ». Tous les établissements privés du secteur ont choisi la formule de la Cité Scolaire, souvent de la classe primaire au post-bac.
Contradictions et problèmes de sécurité :
Pour atteindre ces objectifs, on ne nous épargne pas les contradictions. Exemple: la première motivation de la fermeture du Collège Saint-Just était d’offrir davantage de place aux lycéens dans ce bâtiment classé. Si le projet se concrétise, il accueillera environ une centaine de lycéens de plus que les effectifs de la Cité scolaire actuelle. Aucune restructuration des bâtiments n’étant programmée à ce jour sur aucun des sites (Jean-Moulin et Saint-Just), la sécurité sera à coup sûr un enjeu majeur dès la rentrée prochaine et la responsabilité des collectivités de tutelle (Conseil Général à Jean Moulin et Conseil régional à Saint Just) sera automatiquement engagée en cas d’incident ou, pire, d’accident !
Précipitation et déséquilibre de l'offre éducative :
Prévue depuis 2006, la fermeture du Collège Saint Just n’a pas été préparée au plan territorial par une remise à plat de toute la sectorisation du 5ème arrondissement et des communes limitrophes concernées (ouverture d’un collège à Francheville à la rentrée 2011). Le seul scénario travaillé et aujourd’hui amorcé consiste à transférer tous les collégiens de Saint Just à Jean Moulin, qui passera d’environ 620 à plus de 930 élèves en septembre. Jean Moulin deviendra ainsi un des plus gros collèges du Rhône et accueillera un effectif d'au moins le double des collèges les plus proches. Il n'est pas raisonnable de créer un tel déséquilibre structurel et durable, qui fragilise et menace de fermeture les petits établissements. La carte de l’offre des enseignements proposés traduit d’ores et déjà ce déséquilibre avec un grand nombre d’options, notamment linguistiques à Jean Moulin et la fermeture de cours dans les autres collèges, par exemple Italien LV2 à Jean Charcot ! La volonté affichée de créer un collège d’excellence à Jean Moulin se traduit par une concentration de moyens et s’accompagne d’une organisation méthodique de la pénurie dans les établissements environnants. Comment accepter que soit ainsi remise en cause l’égalité des chances et que la cohésion sociale soit fragilisée ? Comment accepter la mise en place d’une telle ligne de démarcation entre les établissements d’un même territoire et le caractère ségrégationniste de la politique scolaire qu’un tel projet sous-tend ?
Perspectives
Il y a urgence à ne pas se précipiter dans un projet aussi destructeur pour l’avenir de l’école publique et pour la sérénité des jeunes et de leurs familles. Oui, il y a urgence à demander aujourd’hui un moratoire d’un an et à mettre en place dès demain une démarche de concertation qui aura l’ardente obligation de faire des propositions concrètes d’aménagement de la sectorisation et de la répartition de l’offre d’enseignement du Collège au Lycée dans le 5ème arrondissement de Lyon, ainsi qu’à Sainte Foy, Tassin et Francheville. Oui il y a urgence à travailler ensemble pour aboutir à un schéma cohérent d’ici fin octobre 2011, de façon à rendre plus facile et plus sereine la préparation de la rentrée 2012.
REPORTAGE - Le collectif de défense du lycée Jean Moulin (5e arrondissement de Lyon) a mené mardi soir une action coup de poing pour demander des réponses quant à la fermeture du lycée à la rentrée 2011.300 personnes ont occupé l'établissement de 19 h à 23 h, dans le calme. Un représentant du recteur a été envoyé sur place.
"On va créer des usines à gamins"
Vers 19h30, les élèves quittent la cour d'honneur. On leur ouvre les portes pour qu'ils puissent s'installer à l'étage. Avant de monter les escaliers, chacun est recensé et briefé sur la nécessité de s'en tenir aux règles. A ce moment-là , le collectif dénombre sur le site 250 élèves de seconde, de première et de terminale, 22 professeurs et une trentaine de parents d'élèves. Marie, en terminale éco, a son sleeping-bed sous le bras: "c'est un lieu familial ici, on y est bien. On veut le défendre et on est solidaires avec nos professeurs, avec lesquels on a de bonnes relations".
L’établissement Jean-Moulin dans le 5 e arrondissement a été occupé cette nuit avant la rencontre d’aujourd’hui avec les conseils régional et général pour discuter de la fermeture du lycée prévue pour la rentrée prochaine
Le couperet est tombé. Sur décision du Rectorat, le lycée Jean-Moulin de Lyon (5e arrondissement) doit fermer dès la rentrée prochaine. Une décision que n'acceptent ni les enseignants, ni les élèves, ni leurs parents. Aussi, ce soir, les membres du collectif pour l’avenir de la cité ont décidé de protester en occupant l'établissement cette nuit. Une façon aussi de demander un gel des décisions.












